Plus qu’un stage Bafa… une aventure citoyenne

Un stage Bafa est une aventure

P1040503.jpegDembéni et ses 5 villages...

Un stage Bafa cela commence ainsi  : des jeunes se retrouvent 8 jours à vivre ensemble au quotidien la coresponsabilité d'un lieu et du temps. Les repas, les jeux, les connaissances sur la réglementation ou les besoins des enfants, le respect de la parole de l'autre, la gestion des temps de repos... Tout est activité, tout est responsabilité, chacun prend conscience de l'autre, du collectif. Chacun arrive un peu inquiet ou, au moins, intrigué, observe, découvre... Et « on grandit petit à petit mais très vite, c'est une impression d'être dans un autre temps... ». Il est bien rare qu'un stage ne « bouscule pas », cela est d'autant plus vrai quand il s'agit de jeunes ayant peu ou pas vécu la vie collective hors de la famille, n'ayant pas « goûté » à la situation de responsabilité directe ou participé à des centres de vacances.P1040520.jpeg Ce stage pendant lequel 30 jeunes, d'une moyenne de 20 ans, issus des 5 villages qui composent la commune de Dembéni*, avait ces propres particularités. Une même commune, un même stage, des villages différents dans lesquels sont véhiculés depuis plusieurs années des tensions et rejets « inter villages » provoquant des violences entre jeunes. Sans prétendre retracer, par ces quelques lignes, une expérience à 30 facettes déroulées en près de 100 heures (et déjà plusieurs dizaines d'heures depuis), nous choisissons ce coup de projecteur. A la manière d'éclairages courts qui soulignent des temps choisis sur une scène de concert qui « mettent en lumière ». Instantanés de fin de stage cliquez ici

Ce stage engage plus loin, l'aventure continue.. 

Depuis ce stage engage plus loin, l'aventure continue, ce sont les jeunes stagiaires qui l'ont voulu et décidé. Ils se sont lancés à la conquête des autres jeunes de leurs villages pour leur faire partager la découverte qu'« un jeune est un jeune », qu'« il faut parler, plutôt que menacer ou cogner », qu' « il n'y a pas de différences entre jeunes d'Hajangoua et de Dembeni ou d'Iloni, d'Ongoujou ou de Tsararano ». Mais il ne s'agit pas seulement de faire reculer la violence des rapports entre les jeunes. Ils ont envie de partager les notions de projets, d'activités collectives,… « si on s'y met, on peut réaliser des actions pour nous et avec les autres, pour les plus petits aussi... ».

Ils ne sont pas restés longtemps à attendre. Dès la semaine de retour après stage,  ils avaient choisi de désigner 6 d'entre eux pour « organiser et gérer les rendez vous du groupe, écouter toutes les propositions venant de chacun, soumettre toutes les idées à tous... »

1er projet** : partir à Saziley, plage éloignée de la ville, avec des invités de chaque village. Ces invités, des jeunes qui n'ont pas participé au stage mais qui sont concernés « parce qu'on les connait, qu’ils habitent là, … certains expriment de la violence envers ceux des autres villages... » et aussi ...  « pour faire connaître aux autres ce que nous avons appris... »P1040677.jpeg

« .. demandes écrites,.. procédures ! »

Ils se lancent aussi dans des démarches auprès du Maire pour un soutien à leur projet et vers les Ceméa pour un accompagnement. Premiers obstacles qui vont créer quelques incompréhensions. Le service de la mairie, certainement surpris par cette initiative citoyenne, répond d'abord aux jeunes de « passer par les démarches administratives normales » « ..des demandes écrites au service qui transmettra, puis un projet fini....et il faut du temps pour toute la procédure ». Ce qui fait décalage entre la dynamique enclenchée spontanément par les jeunes. Il leur est aussi rappelé de ne pas oublier qu'en payant le bafa, « la mairie vous a donné.. ; et vous ne devez pas l'oublier », ce qui aurait pu constituer un autre décalage avec l'autonomie revendiquée de ces jeunes : « Mais nous savons qui nous aide, vers qui aller, donc nous n'oublions rien car ce n'est pas comme si  nous n’avions rien appris pendant notre stage».

« Nous avons notre pensée à nous ! »

Ils ont pris le temps de se réunir, de s'organiser, de réfléchir pourquoi et comment mener leur idée jusqu'au bout. P1040685.jpegLe Maire ne s'y pas trompé, il rappelle que « depuis qu'il est élu » il a toujours « mis la jeunesse comme priorité ». Il est surpris, oui, mais positivement par ces jeunes. Pendant le stage il a participé. Il les a reçu chez lui, pour une des étapes d'un grand jeu, il est venu voir le déroulement du stage et il les a reçu pour ce 1er projet. « Le Maire était à l'aise avec nous, on a bien parlé, il a dit qu'il nous soutiendrait...il l'a fait ». La deuxième rencontre avec le Maire, après quelques incompréhensions avec le service de la mairie a été « plus réservée c'est dommage... »,  « on voyait le Maire qui n'osait pas aller jusqu'au bout de ce qu'il pensait...sans doute pour éviter du conflit .. ?». « Il y a une autre chose qui est venue, c'est le rôle des animateurs des Ceméa. Comme si il y avait une concurrence entre les Ceméa et le service de la mairie ! C'est fou ! ». « On s'est expliqué : Pour nous c'est clair, le stage nous a fait changer et grandir et c'est parce que les formateurs Ceméa ont réussi. Alors si nous avons besoin d'eux pour un projet nous allons les voir.. ». « De l'autre côté, nous allons voir la Mairie car c'est notre mairie et elle nous a payé le stage pour qu'on bouge ».  « On s'appuie sur les deux. Mais avec nos idées car nous avons notre pensée à nous ! ». L'échange avec le Maire a été encore très positif  « on a senti que nous avancions ensemble. Il donne du temps pour parler avec nous, il nous pose des questions... c'est du vrai dialogue !»

« C'est le même poisson que nous avons fait grillé ! »

Et des idées ils en ont. Sur la piste « des conflits qui ne devraient pas exister », ils continuent. Car l'expérience de ce bivouac à Saziley où près de 60 jeunes des 5 villages ont partagé, rigolé, discuté, allumer le feu, cuisiner, pêché, joué, randonné… les conforte. Ils veulent avancer encore.. Des paroles confirment, comme  X... dit : « J'ai vu F... à Saziley, il m'avait tapé dessus, je voulais me venger ! Maintenant que je l'ai vu là bas, qu'on a parlé, … je n'oserai plus lever la main pour taper », M.. de Dembéni « quand je verrai B.. de Tsarrano passer dans le village je lui parlerai, avant je le regardais de travers pour chercher dans son œil à faire venir les coups, là on se connaît ». O.. d'Iloni « ...quelque soit le village d'où tu viens, t'aime la musique et le voulé,... c'est les même tortues qu'on a vu partir à l'eau, la même plage où on a dormi, le même chemin que nous avons utilisé, le même poisson que nous avons fait grillé... » Déjà d''autres idées viennent : un grand jeu dans la commune, un autre week-end avec des jeunes « les plus durs à bouger de leurs position » de 2 villages voisins, … Monsieur le Maire n'a pas fini de recevoir ces jeunes... mais visiblement cela ne lui déplaît pas. Il a autant envie qu'eux du changement. Et investir dans les jeunes est un choix volontaire.

« Il ne faut pas avoir peur ! »

Côté Ceméa, il y a de la satisfaction et de l'attention pour répondre, si il le faut à des demandes d'accompagnement. Mais l'attention porte avant tout sur la capacité de responsabilité et d’autonomie des jeunes et la  nécessaire bienveillance des adultes qui doivent eux aussi se sentir concernés. « l'engagement auprès des jeunes est un parti pris pour qu'ils soient des acteurs positifs des évolutions à venir. Mais la place des adultes et des parents notamment est importante, là aussi l'accompagnement doit aider à ce que chacun soit présent et joue son rôle. Il n'y a pas de concurrence sur ce terrain de l'éducation, juste de la complémentarité, juste de la mobilisation de tous, de l'écoute pour avancer... Chacun, avec son autonomie, sa place, son point de vue, .. doit participer et devenir actif. Il ne faut pas avoir peur de perdre sa place ou de ne pas pouvoir la tenir. » A suivre, car l'aventure ne fait que commencer … une autre sortie à M'Tsangamouji est programmée, un jeu dans la commune, une rencontre entre deux villages … des projets à vivre ! Les autres photos
*Ce stage a été voulu par le Maire et financé par la commune. Avec le soutien de la CAF qui finance près de 50%
**Le projet Saziley en quelques mots :
Un principe : inviter 4 ou 5 jeunes qui n'avaient participé au stage, de chaque village – Avec cotisations pour l'achat des repas
Objectifs : Partir en autonomie pendant 2 jours à Saziley pour un bivouac – partager avec d'autres jeunes ce qui avait été découvert pendant le stage.
Des soutiens : L'aide  du Maire (transport aller et retour jusqu'à M'Tsamoudou) et de l'association Ceméa – prêt du Matériel de bivouac et accompagnement de 3 animateurs expérimentés.
Au programme – randonnée jusqu'à la plage de Saziley – campement – échanges sur des situations vécues dans les villages – jeux – musique – chants – pêche – fabrication des repas -
Ont participé à cet article : Adeline, Dany, Oussene, Achmed...  Et surtout, tous ceux dont les paroles sont citées « entre guillemets et italique », les auteurs des photos et tous les acteurs de cette aventure.

2 réflexions au sujet de « Plus qu’un stage Bafa… une aventure citoyenne »

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  2. Ping : aquitaine-info-hebdo.net » N°129 – mardi 17 décembre 2013

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